Othering the state: invoking power in Cuba and beyondL’État est un autre : parler du pouvoir à Cuba et ailleurs
Journal of the Royal Anthropological Institute
Published online on May 20, 2026
Abstract
["Journal of the Royal Anthropological Institute, Volume 32, Issue 2, Page 601-619, June 2026. ", "\nAnthropologists have documented the tendency of certain populations to conceptualize state authorities as an Other, a ‘they’, distinct from ‘us’, the struggling majority. This study examines contemporary Cuba to shed light on this phenomenon. Based on fieldwork among market traders in Havana, I analyse the inclination to characterize state power as an ominous ‘they’ as a response to a form of statecraft that presents itself as homogeneous and insurmountable yet remains unaccountable to ordinary people, within a worsening political economy. By using the third‐person plural to comment on the state system's illegitimacies and failures, Cubans performatively distance themselves from official rule. These linguistic habits underscore the importance of moving beyond the analytical approach of deconstructing binaries of ‘us’ and ‘them’, ‘state’ and ‘people’, and rather explore how citizens use them as semiotic resources to invoke and critique power.\n\nRésumé\nLes anthropologues ont noté la tendance de certaines populations à conceptualiser les autorités de l’État comme un Autre, comme un « eux » différent de « nous », la majorité laborieuse. L’éclairage que la présente étude jette sur ce phénomène s'appuie sur un travail de terrain dans la Cuba contemporaine. L'auteur y analyse la tendance de commerçants des marchés de La Havane à désigner le pouvoir de l’État par un « eux » empreint de menace, en réponse à une forme de gouvernement qui se présente comme homogène et incontournable mais ne rend pas de comptes aux citoyens ordinaires, dans un contexte économique qui se dégrade. L'utilisation de la troisième personne du pluriel pour commenter les illégitimités et les défaillances de l'appareil d’État constitue, pour les Cubains, un moyen performatif de prendre leurs distances vis‐à‐vis de la règle officielle. Cet usage linguistique souligne combien il est important de dépasser l'approche analytique de la déconstruction des oppositions entre « nous » et « eux », entre « l’État » et « le peuple », et d'explorer plutôt la façon dont les citoyens les utilisent comme ressources sémiotiques pour invoquer et critiquer le pouvoir.\n"]